VI

Les marches contournaient la montagne jusqu’au sommet. Tout en haut, ils aperçurent des reflets de maçonnerie et, là où les marches disparaissaient pour la première fois sur l’autre versant, un sureau. Il ressemblait à un sureau tout à fait ordinaire, mais pour eux, il devint un symbole : c’était leur premier antagoniste. Comment tenterait-il de les arrêter ? Quelle influence exercerait-il sur eux ?

Elric posa le pied sur la première marche. Elle était haute, conçue pour le pas d’un géant.

Il commença l’ascension, suivi par ses trois compagnons. À la dixième marche, il dégaina Stormbringer, et l’énergie vibrante qu’elle lui transmit lui fit oublier sa fatigue.

En approchant du sureau, il entendit un bruissement et vit les branches s’agiter. Oui, il était certainement doué de conscience.

Il n’était plus qu’à quelques pas de l’arbre lorsqu’il entendit Dyvim Slorm crier :

— Ciel ! Les feuilles ! Regardez les feuilles !

Les vertes feuilles, dont les veines semblaient battre dans la lumière du soleil, commençaient à se détacher des branches et dérivaient droit vers le petit groupe.

L’une d’elles se posa sur la main d’Elric, il secoua la main pour la faire tomber, mais elle tint. D’autres vinrent se poser sur diverses parties de son corps. Elles arrivaient en vagues serrées maintenant, et il sentit sa main le piquer. Il arracha la feuille et poussa un juron en voyant sa main couverte de gouttelettes de sang. Luttant contre la nausée, il arracha celles qui couvraient son visage, en cinglant l’air de sa lame gémissante. Celles qu’elle touchait se flétrissaient immédiatement, mais il en venait toujours de nouvelles.

Instinctivement, il comprit qu’elles ne suçaient pas seulement le sang de ses veines, mais aussi la force vitale de son être, il se sentait déjà légèrement affaibli.

Les cris terrifiés de ses compagnons lui apprirent qu’ils ressentaient la même chose que lui.

Les feuilles n’allaient pas au hasard, et il semblait que c’était l’arbre lui-même qui les dirigeait. Luttant contre ces feuilles pareilles à une nuée de sauterelles, il monta les dernières marches et commença farouchement à taillader l’arbre, qui émit un grondement de rage et dont les branches essayèrent de le saisir. Il les sectionna et plongea profondément Stormbringer dans le tronc. Les racines battirent la terre, faisant voler des mottes en tous sens. L’arbre poussa un rugissement et s’inclina vers Elric comme s’il voulait l’entraîner avec lui dans la mort. Il tira Stormbringer, qui absorbait avidement la matière vitale de l’arbre semi-conscient, mais ne put l’arracher au bois. Il dut la lâcher et sauter de côté pour ne pas être écrasé par l’arbre dans sa chute. Une branche le griffa profondément au visage et il vacilla, sentant sa vie s’écouler par la plaie.

En titubant vers l’arbre tombé, il s’aperçut que le bois n’avait déjà plus de sève et que toutes les feuilles étaient flétries.

— Vite ! haleta-t-il lorsque ses compagnons le rejoignirent, il faut le soulever ! Mon épée est prise dessous, et sans elle je suis mort !

 

Leur tâche fut aisée car l’arbre était étonnamment léger. Elric empoigna faiblement Stormbringer qui était toujours fichée dans le bois. Il faillit hurler, tant était prodigieuse la force qui l’envahit, énergie vibrante qui lui donna l’impression d’être un dieu.

Il éclata de rire comme s’il était possédé du démon, et ses compagnons le regardèrent avec étonnement et inquiétude.

— Venez, mes amis, suivez-moi ! Je pourrais affronter un million de ces arbres maintenant !

Il monta les marches en bondissant, ignorant la morsure d’une nouvelle volée de feuilles, et alla droit vers le centre du sureau, l’épée en avant. L’arbre hurla.

— Dyvim Slorm, cria-t-il, ivre de force vitale. Faites comme moi ! Lorsque Mournblade aura bu de ces âmes-là, nous serons invincibles !

— Une telle force ne me dit rien de bon, grommela Rackhir en secouant les feuilles mortes dont il était couvert, tandis qu’Elric courait déjà vers le sureau suivant. Ils étaient plus denses ici, et leurs branches menaçantes se courbaient vers lui, comme des doigts cherchant à le déchirer.

Dyvim Slorm dut se forcer un peu pour imiter Elric, mais bientôt il expédia sa part de créatures arborescentes et s’emplit des âmes volées aux démons prisonniers des sureaux, son cri sauvage se joignit à celui d’Elric et, diaboliques bûcherons, ils abattirent arbre par arbre, chaque victoire accroissant leurs forces. Tristelune et Rackhir regardaient avec un émerveillement craintif le terrible changement dont leurs amis étaient les victimes volontaires.

Bientôt, le flanc de la montagne fut couvert d’une forêt d’arbres déracinés et noircis.

Les visages des deux cousins reflétaient toute la ferveur impie des défunts rois de Melniboné, et ils chantaient les anciens chants de guerre, accompagnés par les harmonies discordantes des lames jumelles, mélodie inquiétante et maléfique montant vers le ciel !

 

Ses lèvres entrouvertes révélant ses dents blanches, ses yeux rouges éclatant de feux terrifiants, sa chevelure blanche comme le lait flottant dans le vent brûlant, Elric leva son épée et se tourna vers ses compagnons.

— Voyez, amis, voyez comme les anciens de Melniboné conquirent hommes et démons, à l’aurore d’un règne qui devait durer dix mille ans !

Tristelune pensa en le voyant qu’il méritait bien le surnom de Loup, qu’on lui donnait jadis dans les pays de l’Ouest. La force du Chaos qui était en lui dominait maintenant tout son être. Il comprit qu’Elric avait résolu son conflit intérieur, et qu’il n’était plus divisé dans ses attachements. Il était possédé par le sang de ses ancêtres et donnait l’image de ce qu’ils avaient dû être avant que naissent d’autres races, fuyant devant eux et craignant leur noire splendeur et leur virulence maléfique. Dyvim Slorm semblait tout aussi possédé, et Tristelune adressa une sincère prière aux dieux bienveillants qui restaient peut-être encore dans l’univers, demandant qu’Elric reste son allié et ne devienne jamais son ennemi.

Elric et son cousin, gravissant les marches avec des bonds surhumains, étaient presque au sommet, devant la bouche d’un sombre tunnel. En riant et criant de joie, les deux amis se précipitèrent dans les ténèbres.

Tristelune et Rackhir les suivirent plus lentement, l’Archer Rouge avait déjà fixé une flèche à son arc.

Elric essaya de percer les ténèbres ; la tête lui tournait tant était forte la puissance qui semblait irradier par tous les pores de sa peau. Il entendit les pas métalliques d’hommes en armure approcher, et put bientôt se rendre compte que c’étaient de simples guerriers humains. Bien que près de cent cinquante, ils ne l’intimidèrent nullement. Il faucha facilement les premiers qui approchèrent, et chaque âme qu’il prenait n’ajoutait qu’une fraction infime à la vitalité qui était déjà en lui. Les deux cousins se tenaient épaule contre épaule, massacrant les soldats comme s’il se fût agi d’enfants. Ce spectacle terrifia Tristelune et Rackhir, qui arrivaient en glissant sur le sang qui coulait à flots. L’odeur de la mort, dans ce lieu étroit, devint trop forte pour eux.

— Ce sont peut-être des ennemis, gémit Rackhir, mais je ne puis assister à un tel carnage. On n’a pas besoin de nous ici, ami Tristelune. Cette lutte est affaire de démons, et non d’hommes.

— Oui, oui, soupira Tristelune, et ils regardèrent la lumière du soleil. Au-dessus d’eux, ils découvrirent le château, devant lequel les guerriers survivants vinrent se regrouper, vite rejoints par Elric et Dyvim Slorm, dont les visages reflétaient une joie satanique.

L’air retentissait du fracas des épées et des cris des combattants. Rackhir décocha une flèche qui alla s’enfoncer dans l’œil gauche d’un guerrier.

— Je vais faire en sorte que quelques-uns au moins connaissent une mort moins impure, marmonna-t-il en sortant une autre flèche du carquois.

Tandis qu’Elric et son cousin s’enfonçaient dans les rangs ennemis, quelques guerriers, sentant sans doute que Tristelune et Rackhir représentaient un moindre danger, se précipitèrent sur eux.

Tristelune dut faire face à trois hommes à la fois, et s’aperçut que son épée était devenue extraordinairement légère et détournait promptement les lames ennemies, en émettant un son doux et clair. L’épée ne lui transmettait aucune énergie, mais sa lame ne s’émoussait absolument pas, et les lourds sabres des guerriers ne parvenaient pas à l’abaisser.

Rackhir avait utilisé toutes ses flèches pour ce qui était pratiquement un acte de charité. Il sortit son épée et tua deux ennemis, puis débarrassa Tristelune de son troisième adversaire en le perçant par-derrière, du flanc jusqu’au cœur.

Puis ils rejoignirent le gros de la bataille et virent avec peu de joie que le sol était jonché de cadavres.

— Arrêtez ! cria Rackhir à Elric. Laissez-nous tuer les derniers. Vous n’avez pas besoin de leurs âmes. Nous les achèverons avec des méthodes plus naturelles !

Mais Elric ne l’entendit pas et continua en riant. Alors qu’il transperçait un guerrier isolé, Rackhir lui saisit le bras.

— Elric.

Stormbringer se retourna dans la main d’Elric et, hurlant de joie repue, fondit sur l’Archer Rouge.

Prévoyant ce qui l’attendait, Rackhir essaya en sanglotant d’esquiver le coup, mais la lame le frappa à l’omoplate et le fendit jusqu’au sternum.

— Elric ! cria-t-il. Pas mon âme !

Ainsi mourut Rackhir l’Archer Rouge, fameux dans tout l’Orient, fendu en deux par l’épée traîtresse d’un ami.

Puis Elric comprit ce qui ce passait. Il essaya, mais trop tard, de retenir sa lame. Une fois encore, il avait, possédé par son épée runique, tué un ami.

— Oh, Rackhir ! s’écria-t-il en s’agenouillant à son côté. Il prit le corps dans ses bras et la force de son désespoir lui fit un peu reprendre possession de lui-même.

Des larmes coulèrent sur son visage torturé, et il poussa un sanglot déchirant.

— Encore une fois, murmura-t-il, encore une fois. Cela ne cessera donc jamais ?

Derrière Elric, les deux compagnons qui lui restaient se tenaient chacun d’un côté du champ jonché de cadavres. Dyvim Slorm ne tuait plus, parce qu’il n’y avait plus personne à tuer. Haletant, il regardait autour de lui avec une profonde stupéfaction. Tristelune, lui, regardait Elric avec une épouvante à laquelle se mêlait une lueur de pitié, car il connaissait le destin fatal de son ami, et savait que la vie de ses proches était le prix qu’exigeait Stormbringer en échange de la vitalité qu’elle lui donnait.

— Rackhir ! Jamais héros plus doux n’a vécu, jamais homme plus désireux d’ordre et de paix que toi !

Elric se leva lentement et tourna son regard vers le haut château de granit bleu, qui semblait l’attendre dans un silence énigmatique. Sur les créneaux de la plus haute tour, il distingua une silhouette qui ne pouvait être que celle du géant.

— Rackhir, par l’âme que je t’ai volée, je jure que ce que tu désirais sera, bien que ce soit moi, créature du Chaos, qui le réalise. Le Chaos sera repoussé et la Loi triomphera ! Armé de cette épée et du Bouclier du Chaos, je me battrai s’il le faut contre tous les diables de l’enfer. Le Chaos fut la cause indirecte de ta mort, et le Chaos en sera puni. Mais d’abord, emparons-nous du bouclier !

Ne comprenant pas bien ce qui s’était passé, Dyvim Slorm lui cria avec exaltation :

— Venez, Elric, allons rendre visite au géant triste !

Mais Tristelune, s’approchant pour contempler le corps mutilé de Rackhir, murmura :

— Oui, Elric, le Chaos en est responsable, et je ferai cause commune avec vous… (Il frissonna) tant que votre lame infernale m’épargnera ses prévenances !

 

Coude à coude, les trois hommes passèrent le haut portail et se retrouvèrent sans transition dans une vaste salle meublée avec un luxe barbare.

— Mordaga ! s’écria Elric. Nous sommes venus accomplir la prophétie ! Nous t’attendons.

Longtemps ils attendirent, mais leur patience fut enfin récompensée : une massive silhouette apparut à une haute porte voûtée, à l’extrémité opposée de la salle.

Mordaga était grand comme deux hommes, mais son dos était voûté. Il avait de curieux cheveux noirs, longs et bouclés, et était vêtu d’une ample blouse bleue serrée à la taille et de simples sandales de cuir. Ses yeux noirs étaient emplis d’une douleur telle que Tristelune n’en avait jamais vue, sinon chez Elric.

Au bras, il portait un bouclier rond orné des huit flèches d’ambre du Chaos. Il était couleur d’argent à reflets verts, et d’une grande beauté. Le géant triste ne portait aucune autre arme.

— Je connais la prophétie, dit-il d’une voix pareille au rugissement solitaire du vent. Mais je dois néanmoins tenter de m’opposer à son accomplissement. Prendras-tu le bouclier puis me laisseras-tu en paix, humain ? Je ne veux pas de mort.

Elric éprouvait une certaine sympathie pour le triste Mordaga, et comprenait ce qu’il devait ressentir en ce moment.

— La prophétie parle de mort, dit-il doucement.

— Prends le bouclier. Mordaga l’ôta de son bras puissant et le tendit vers Elric. Et, pour une fois, change le destin.

— Soit, dit Elric.

Poussant un gigantesque soupir, le géant déposa le bouclier du Chaos sur le sol.

— Depuis des milliers d’années, je vis dans l’ombre de cette prophétie, dit-il en redressant son dos voûté. Maintenant, et bien que je doive mourir de vieillesse, je mourrai en paix et je sais maintenant, ce que je ne croyais pas jadis, que cette mort sera la bienvenue.

— Peut-être ne mourras-tu pas ainsi, sans la protection de ton bouclier, l’avertit Elric. Le Chaos avance et t’engloutira comme il engloutira tout si je ne parviens pas à l’arrêter. Mais du moins, semble-t-il, accueilleras-tu cette mort avec plus de sagesse.

— Adieu, lui dit le géant, et merci.

Il se retourna et repartit d’un pas lourd vers la porte d’où il était venu.

Lorsque Mordaga eut disparu, Tristelune se précipita à sa suite et entra sans bruit sous la porte voûtée, avant qu’Elric ou Dyvim Slorm eussent le temps de l’en empêcher.

Puis ils entendirent un cri, un seul, qui sembla se répercuter indéfiniment entre les murs, et le bruit d’une chute qui ébranla tout le palais et enfin des bruits de pas qui revenaient.

Incapable de comprendre cette action si peu caractéristique, Elric ne put que le regarder venir avec des yeux exorbités.

— Je l’ai assassiné, dit Tristelune simplement. Je l’admets. Je l’ai frappé dans le dos avant qu’il ait pu réagir. Ce fut une mort propre et rapide, et il est mort heureux. Une bien meilleure mort que celle que ses sbires voulaient nous infliger, en tout cas. C’était un assassinat, mais un assassinat nécessaire à mes yeux.

— Pourquoi ! lui demanda Elric, ne comprenant toujours pas.

Tristelune continua farouchement :

— Le Destin avait décrété sa mort. Nous sommes devenus les serviteurs du Destin, Elric, et modifier ses desseins en quoi que ce soit, c’est entraver ses buts. Mais avant tout, je voulais me venger. Si Mordaga ne s’était pas entouré de cette légion de soldats, Rackhir ne serait pas mort.

Elric secoua la tête.

— C’est moi qu’il faut en blâmer, Tristelune. Le géant n’aurait pas dû payer le crime commis par mon épée.

— Quelqu’un devait périr, insista Tristelune. Et comme la prophétie exigeait la mort de Mordaga, c’était lui. Qui d’autre aurais-je pu tuer ici, Elric ?

L’albinos se détourna.

— J’aurais préféré que ce fût moi.

Il regarda en soupirant l’immense bouclier rond avec ses flèches d’ambre en constant mouvement et sa mystérieuse couleur vert argenté. Il le souleva sans mal et le plaça sur son bras, le bouclier le couvrait du menton aux chevilles.

— Venez, hâtons-nous de quitter ce lieu de mort et de souffrances. Ilmiora et Vilmir attendent notre aide, s’ils ne sont pas déjà tombés entre les mains du Chaos !

Stormbringer
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